
Arrivée à Moscou
Après un mois de bonheur et surtout de chance, les derniers jours les choses se sont compliquées un peu, avec notamment une arrivée précoce et brutale du printemps. La température a vite grimpé au dessus de la barre du 0°C, rendant les conditions de navigation sur la Volga très difficiles, alors que le fleuve devait me conduire directement à Moscou.
Nous avons vécu un incident, qui aurait pu devenir un accident dramatique : les chiens sont tombés dans une zone de haut-fond, avec beaucoup de courant. J'ai réussi, je ne sais trop comment, à sortir les chiens de l'eau dans laquelle ils se seraient noyés. A la suite de cette alerte, j'ai décidé de quitter la rivière : trop dangereux.
J'ai donc utilisé pendant quelque temps des routes de neige et pour les tous derniers jours, il a fallu que je remette mon engin de torture, c'est-à-dire les roues de mon traîneau. Le véhicule devient très lourd et très difficilement manoeuvrable. Je ne peux plus prendre de quart, comme je le fais normalement pour rééquilibrer ou freiner le traîneau. J'ai repris la route sale et gadouilleuse. Heureusement la police a totalement sécurisé le parcours sur les 100 derniers km pour arriver à l'entrée de Moscou. C'est très difficile pour les chiens de rester concentrés car il y a plein de distractions (routes, croisements, voitures, klaxons, personnes) et le bruit environnemental les empêche d'entendre ma voix. Je suis d'ailleurs arrivé à Moscou pratiquement aphone ! Sur la piste, peu d'ordres suffisent pour les guider en une journée, là, c'est diamétralement opposé. Sur la route, il faut constamment les rassurer, beaucoup leur parler, les féliciter et les encourager en leur disant qu'ils sont dans la bonne direction.
Difficile également pour les pattes des chiens : mais ayant vécu l'expérience du début de l'expédition, j'avais fait faire des bottines par l'équipe de Geologic, des chaussons top qualité extérieur en Kevlar et intérieur en fourrure polaire. Les chiens équipés de ces « pneus », si je puis dire, n'ont absolument eu aucun problème de coussinets dû à l'abrasion du macadam.
Ils sont arrivés en très bon état de santé.
Il fallait cependant que je surveille ma concentration, car il y avait de plus en plus de voitures autour de nous, l'arrivée de mes enfants (que je n'avais pas vus depuis 4 mois), le fait de sentir que c'était bientôt la fin de l'expédition, de quoi se laisser déconcentrer.
Le dernier jour, dans Moscou, ce fût une journée de dingue ! Une fois encore les services de police avaient mis en place un dispositif de sécurité très impressionnant pour fermer les routes, les autoroutes. Les carrefours étaient bloqués. Donc peu de ralentissements, pas de feu rouge, ni de sens interdit pour arriver square Karl Marx où m'attendait la classe de 2de, de Chateaubriant (44), qui a gagné le concours de Ouest-France, parmi plusieurs milliers qui ont participé. Cette classe avait travaillé sur le programme sur la protection de l'environnement que nous avions développé en amont de l'expédition. Ces enfants ont écrit un « Plaidoyer pour contribuer à sauver la planète », adressé aux dirigeants du monde, qu'ils m'ont remis lors de cette rencontre. Petite séquence repos avant les derniers mètres vers la place rouge pour nourrir les chiens et enlever les roues du traîneau.
Les autorités municipales ont spécialement enneigé un couloir de 400 mètres pour que je puisse arriver au c½ur de Moscou.
L'interrogation était de savoir si les chiens voudraient bien emprunter ce couloir de neige transformée, pas du tout celle sur laquelle ils avaient couru depuis des mois. Encore une fois, les chiens se sont avérés parfaits et ils ont parfaitement maîtrisé les derniers mètres. Une fois lancés sur ce couloir de neige, ils ont compris qu'il fallait y rester et là j'ai vraiment pu me laisser entrainer jusqu'au milieu de la place, grâce à ce petit sifflement qu'ils connaissent si bien quand il faut accélérer. Un grand galop jusqu'au portique d'arrivée, plein d'émotion car ce n'est pas rien d'arriver en traîneau sur la Place Rouge, ce n'est pas rien non plus que de terminer un périple comme celui-ci et surtout pour moi que ce soit ma dernière expédition. 30 années de ma vie qui s'achèvent sur la Place Rouge. A partir de maintenant, une autre vie commence pour moi, comme je l'ai déjà dit. J'ai décidé de rendre à la nature tout ce qu'elle m'a donné et essayer à mon petit niveau, et avec mes moyens, d'agir pour que la prise de conscience vis à vis des grands problèmes environnementaux soit de plus en plus grande et qu'on puisse rapidement passer à l'action.
Passé la ligne, j'ai été accueilli par l'ambassadeur de France en Russie, Jean Cadet, qui nous a lu un message du Président de la République, Jacques Chirac, les représentants de la Mairie de Moscou, du Kremlin, du Comité des Sports, des gouverneurs des régions traversées, les partenaires venus nombreux et bien sûr ma famille.
Beaucoup d'émotion et de joies autour de cette arrivée qui valaient bien toutes les galères de l'Odyssée. Resteront dans notre coeur, à tous ceux qui ont participé à cette expédition, la magie de la Sibérie, la chaleur et la grandeur d'âme des peuples rencontrés.
SPASSIBA BOLCHOI !






