2. Cette fois ci, l'aventure se double d'une sorte d'engagement "politique" par rapport à l'environnement, pourquoi ?
3. Il s'agit donc d'une expédition médiatisée, sponsorisée. Est-ce que cela ne dénature pas l'aventure ?
4. Cette aventure avec les chiens sera, selon vos propres mots, précédée d'une autre aventure, celle-la en motoneige. Est ce vraiment compatible avec cette éthique de l'aventure-nature qui est la vôtre et surtout avec ce combat pour l'environnement que vous menez ?
5. Vous serez donc seul sur cette piste ?
6. Une équipe vous rejoint seulement de temps en temps, ça suffit pour faire un film ?
7. Et les chiens qui sont-ils, comment vont il être nourris, soignés, entraînés ?
8. 100 km par jour ? D'une seule traite ? Comment fonctionnez vous ?
9. Mais le froid sibérien, les -50°C, -60°C, ne ralentissent-ils pas la marche, et peut-on dormir dehors par un froid pareil ?
10. Il y a aura combien de chiens, des possibilités de remplacement ?
11. Et en terme d'équipement utilisé ?
12. Comment se fait le recrutement des personnes qui participent à ce projet ?
13. Et après cette expédition ?
14. Et les courses ?
15. Le Camp des Ecorces, c'est quoi exactement ?
16. Quelle est exactement la race de vos chiens ?
17. La notoriété, vous vivez ça comment ?
18. Est-ce que le Grand Nord va aussi mal qu'on le dit ?
19. Comment se fait-il que les températures augmentent là-haut plus qu'ailleurs ?
20. D'accord, mais qu'est ce que nous pouvons faire ?
Pourquoi une énième aventure dans le Grand Nord ?
(Maxime, 14 ans, Pyrénées)
Je viens de passer deux ans difficiles avec le tournage et la promotion du film « le Dernier Trappeur » et j'ai envie de renouer avec ce que j'aime le plus au monde : me retrouver avec mes chiens engagé dans une aventure totale, une piste de plus de 8000 kilomètres qui me fera traverser un pays extraordinaire. J'ai déjà passé deux ans de ma vie là-haut, en Sibérie et ce pays ainsi que les hommes qui l'habitent me manquent, tout comme l'aventure.
Cette fois ci, l'aventure se double d'une sorte d'engagement "politique" par rapport à l'environnement, pourquoi ?
(Thierry, 25 ans, Charentes)
Je voyage depuis maintenant plus de vingt ans dans, ce que j'appelle poétiquement, les pays d'en haut. Citons ma longue traversée des Montagnes Rocheuses et de l'Alaska en 86, mes traversées de la Sibérie pendant 18 mois, depuis la Mongolie jusqu'à l'océan Arctique en 90, l'année passée en compagnie de ma femme et de ma petite fille d'un an et demi dans le Yukon en 95, ou encore ma belle traversée en moins de 100 jours et avec mes chiens de traîneau du Grand Nord Canadien depuis le Pacifique jusqu'à l'Atlantique.
J'ai écrit plus de 20 livres et réalisé de nombreux films pour la télévision et le cinéma, ainsi que de nombreux reportages diffusés dans le monde entier et qui montrent tous la pureté et la beauté de ces grands espaces sauvages.
Mais depuis quelques années, comme les peuples du Nord, que je connais bien, je constate ici et là, mais de façon de plus en plus visible, les multiples dégradations que l'homme fait subir à ce que les Indiens appellent, notre mère à tous : la Nature.
Le réchauffement de la planète, pour ne citer que lui, modifie le climat et fragilise les écosystèmes du Grand Nord qui n'ont pas le temps de s'adapter à ces bouleversements trop rapides et partout s'allument des signaux de détresse.
Alors, ma passion pour la nature, mes "rêveries", je veux maintenant les mettre au service d'une sorte de quête politique : prouver que l'homme peut vivre en harmonie avec la nature et que la survie de l'humanité en dépend.
Je m'en vais au mois de novembre pour effectuer plus de 8000 kilomètres de montagne, de taïga et de toundra à la rencontre d'un pays exceptionnel et d'hommes qui savent encore y vivre en entretenant avec les territoires qui les entourent, une véritable histoire d'amour, fondée sur le respect et la connaissance des équilibres.
L'expédition a pour vocation de donner la parole à ces hommes qui conservent les rudiments de cette philosophie que nous avons abandonnée et de mettre en lumière les problèmes graves qui se posent tout au long de ce parcours, en des endroits que l'on aurait pu croire épargnés par la folie destructive de l'homme.
Les menaces bien réelles qui pèsent aujourd'hui sur notre habitat restent trop abstraites. Il s'agira ici d'un témoignage concret, émouvant, mis en image par des professionnels. Il sera valorisé, au travers de nombreux médias par le travail de toute une équipe de spécialistes du WWF et de l'Ademe qui nous informeront, au travers d'un site Internet et de fiches pédagogiques réalisées par le CRDP de Paris. Ils nous donneront les comportements à suivre pour agir et enrayer ce processus, parce que c'est bien là l'essentiel et l'objectif de cette Odyssée :
- Montrer au travers d'une aventure incroyable, la beauté du monde.
- Donner envie de protéger cette belle nature et ceux qui y vivent.
- Informer sur les menaces qui mettent en péril ces territoires et plus globalement, notre planète.
- Enfin, donner à tous, les moyens et l'envie de réduire son "empreinte écologique".
Il s'agit donc d'une expédition médiatisée, sponsorisée. Est-ce que cela ne dénature pas l'aventure ?
C'est une question sans cesse remise sur le papier et que je me pose depuis 20 ans.
20 ans de compromis durant lesquels j'ai essayé et réussi à vivre mes rêves tout en les faisant parfois partager, tout en fixant des limites. J'ai souvent été tenté de franchir ces limites, car on m'a parfois proposé des ponts d'or pour me sponsoriser ou médiatiser l'une ou l'autre de mes aventures d'une façon que je jugeais incompatible avec "l'éthique" de mes voyages. C'est d'autant plus difficile que le montage financier de telles aventures est toujours un véritable cauchemar et que la tentation de dire oui à toutes propositions est grande; surtout lorsqu'on en a aucune autre. Lorsque j'ai traversé la Sibérie pendant un an et demi, une radio de premier ordre m'a proposé un rendez vous régulier sur la station à une heure de grande écoute. Cela en échange d'un chèque dont j'avais désespérément besoin à l'époque. Cela impliquait des liaisons téléphoniques régulières alors que je voulais justement me retrouver en immersion dans ce pays alors si difficile d'accès. Je m'étais tant battu pour aller vivre là-haut que je ne voulais pas "gâcher" mon rêve avec ça. J'ai refusé. Par contre, j'ai accepté qu'un caméraman vienne me rejoindre une semaine de temps en temps. Compromis. Compromis...
Il ne faut pas se voiler la face. Partir traverser un pays « d'en haut » avec des chiens, ça coûte de l'argent. Et celui qui vous donne cet argent veut un certain nombre de choses en échange. Aujourd'hui, je vis bien avec ça, car mes partenaires, souvent fidèles, savent ce qu'ils peuvent obtenir de moi et nous avons souvent les mêmes objectifs. Enfin, il ne faut pas focaliser simplement sur les aventures médiatisées, qui sont donc les seules connues du grand public. À côté de celles-ci, je vis bien d'autre chose avec le nord et les chiens, loin des caméras. Et grâce à mes revenus d'auteur et de réalisateur, je peux, grâce au ciel mais surtout à mon travail, m’offrir enfin et de plus en plus d'escapades incognito... C'est ce que nous avons fait dernièrement avec ma femme et mes enfants dans les Montagnes Rocheuses ...
Enfin, dans le cadre de ce "combat" auquel j'entends participer quant à la défense de l'environnement, la prise de conscience générée par ce que je fais et ce que je dis, n'a d'impact que si elle est véhiculée par des médias. Le tout est de choisir ceux qui peuvent et savent le faire avec un certain respect pour ce que je suis et ce que je vis et je refuse bien plus de choses que je n'en accepte !
Cette aventure avec les chiens sera, selon vos propres mots, précédée d'une autre aventure, celle-la en motoneige. Est ce vraiment compatible avec cette éthique de l'aventure-nature qui est la vôtre et surtout avec ce combat pour l'environnement que vous menez ?
(Béatrice, 39 ans, Auvergne)
Les plus grands défenseurs de l'environnement de la planète se déplacent tous en voiture et il serait vain que de vouloir revenir en arrière et de relancer le déplacement en calèche à cheval, comme il serait vain et illusoire que de demander aux hommes du nord de revendre leurs motoneiges pour revenir à des moyens de transport naturels et donc écologiques.
Ne nous trompons pas de combat ni de siècle !
Cette Odyssée Sibérienne a deux objectifs:
Le premier est de traverser dans l'hiver 8000 km de montagne, de taïga et de toundra avec un attelage de chiens de traîneau. Une reconnaissance de deux mois a été effectuée afin de se rendre dans toutes les petites bourgades disséminées le long de l'itinéraire pour mettre en place la logistique et notamment organiser les dépôts de nourriture pour les chiens. Cette mission avait aussi pour objectif de se renseigner sur la meilleure route à suivre pour aller jusqu'au dépôt suivant. L'équipe de reconnaissance a vite constaté qu'il n'existait pas de piste dans plus de 80 % des cas, notamment parce que l'essentiel des déplacements en hommes et en marchandises se font aujourd'hui avec des avions qui vont de villages en villages. Il va donc falloir rouvrir des pistes inutilisées depuis longtemps, voir en créer de nouvelles en des endroits où il n'y a rien d'autre que des mètres de neige dans lesquels la seule alternative serait de marcher en raquette devant les chiens pour leur tasser un chemin. C'est ce que j'ai fait durant des mois lors de la quasi-totalité de mes expéditions, y compris lors de ma traversée de la Sibérie du sud au nord. Cette fois-ci, l'objectif avancé est d'essayer d'aller du lac Baïkal jusqu'à Moscou dans l'hiver. Pour ce faire, il faut réaliser des distances d'environ 100 kilomètres par jour, compte tenu des périodes de repos, or en raquette et dans de la neige profonde on peut espérer avancer de 20 km par jour au mieux. Il est donc apparu indispensable de mettre en place une équipe pour tracer cette piste. Celle-ci se fera, une semaine avant mon passage, avec des locaux qui vont se relayer d'un village à l'autre pour dessiner ce grand trait éphémère qui ira d'un bout à l'autre de la Sibérie.
Et cette seconde aventure, franco-russe, apporte incontestablement un plus au projet qui se dote du coup de moyens efficaces pour produire de l'image. Celle-ci servira de base pour la mise en place de tout un projet pédagogique qui a pour vocation, comme indiqué plus haut, de témoigner concrètement sur place des dégradations faites à l'environnement.
Pour répondre directement à la question posée, il eut été illusoire, bien évidemment de demander à ces Sibériens qui vont guider l'équipe d'ouvreurs et de caméramens, que de renoncer à leurs motoneiges sous prétexte qu'elles ne sont pas écologiques et émettent des gaz à effet de serre. D'ailleurs soit dit en passant, ces émissions infinitésimales compte tenu de l'espace dans lequel elles sont faites sont entièrement absorbées par la forêt dont on sait qu'elle transforme le carbone dans des proportions malheureusement devenues incompatibles à l'échelle mondiale par rapport à la production.
Ceci étant dit, j'ai tenu et ce avec Yamaha, notre fournisseur, à utiliser et tester durant cette expédition la toute nouvelle génération de motoneige "écologique" puisqu'un moteur 4 temps a été créé réduisant de plus de 60 % la consommation. Il s'agit là d'une nouvelle génération de "véhicule" comme il en existe pour les voitures dites écologiques, en attendant le moteur à pile combustible... que nous serons les premiers à utiliser et à promouvoir.
Vous serez donc seul sur cette piste ?
(Erwan, 16 ans, Haute Normandie)
Je n'ai jamais la sensation d'être seul lorsque je suis avec mes chiens d'une part, et d'autre part il m'arrivera de retrouver l'équipe, notamment à l'approche des points de ravitaillement où une partie de l'équipe m'attendra de temps en temps pour faire des images.
Une équipe vous rejoint seulement de temps en temps, ça suffit pour faire un film ?
(Marie, 27 ans. Bretagne)
Pour faire le film que nous voulons faire, assurément, car il s'agit de montrer le pays que nous allons traverser, les hommes qui y vivent, d'évoquer leur mode de vie, raconter des histoires, liées notamment aux changements induits par les modifications du climat et autres problèmes environnementaux.
Pour ce faire, l'équipe vivra et filmera son aventure, celle qui consistera à tracer, avec les Sibériens, une piste que j'utiliserai derrière eux avec mes chiens. Pour ce qui est des chiens, de mon aventure, je disposerai moi-même d'une caméra qui me permettra de faire des images que nous mettrons en commun pour la réalisation du film et des sujets qui seront régulièrement envoyés.
Et les chiens qui sont-ils, comment vont il être nourris, soignés, entraînés ?
(Tony, 54, Londres. Angleterre)
Ce sont mes chiens, nés au Camp des Ecorces, la descendance de Voulk, Baikal, Nanouk, Torok Cheap…, ces chiens exceptionnels avec qui j'ai fait tant de choses mais qui sont devenus trop vieux et coulent aujourd'hui des jours heureux, à la retraite, au Camp des Ecorces que nous avons monté ensemble, Alain et moi.
Cette nouvelle génération de chiens est un peu plus rapide que les précédents tout en ayant conservé l'aspect nordique qui me plaît tant. Ces chiens ont entre 2 et 5 ans, ils sont donc en pleine force de l'âge. Ils sont venus avec moi dans le Yukon, où j'ai passé deux ans. Ensemble, nous nous sommes entraînés pour la Yukon Quest et nous avons participé à plusieurs autres courses dont la Quest 250 où nous sommes arrivés 4ème.
L'année dernière, cet attelage a terminé la Yukon Quest avec l'un de mes handlers qui les avait entraîné au Yukon alors que je tournais le Dernier Trappeur. Ce sont donc de véritables athlètes, très bien entraînés et préparés, comme j'ai pu le constater encore dernièrement lorsque je suis allé au Camp des Ecorces.
Cet été, l'entraînement débutera dès le mois de Juillet avec un quad sur les chemins forestiers qui sillonnent la montagne autour de notre camp, puis l'entraînement s'intensifiera à partir d'octobre en Sibérie où ils feront entre 50 et 80 km par jour. Ils seront au top pour le 2 décembre.
Pour la nourriture, nous travaillons depuis de nombreuses années avec les ingénieurs de Pedigree et nous avons mis au point deux types de nourriture complémentaires hautement caloriques. Une nourriture de type "snack" distribuée en course toutes les deux heures, directement assimilable et transformée immédiatement en énergie, et une nourriture donnée à l'arrêt qui nécessite un temps de digestion de plus de trois heures.
Cette nourriture sur-mesure a fait ses preuves et correspond parfaitement aux besoins spécifiques de mes chiens.
100 km par jour ? D'une seule traite ? Comment fonctionnez vous ?
(Cyril. 32 ans. Allemagne)
Ce n'est pas vraiment 100 km par jour. En fait je ne fonctionne pas par rapport au jour et le rythme n'est pas découpé par tranche de 24 heures. Il y a entre deux dépôts de nourriture, une certaine distance à effectuer le plus vite possible pour deux raisons : voyager le plus léger possible et disposer alors d'un maximum de temps de repos avant d'attaquer l'étape suivante.
Je deviens entre deux étapes un marin et j'avance…du moins j'avance tant que les chiens conservent le plaisir d'avancer, c’est-à-dire selon un rythme d'environ huit heures de marche puis huit heures d'arrêt et ainsi de suite. Si ça va bien, que les chiens et moi avons « la pêche », nous allons réduire à l'approche de l'étape les périodes de repos et rallonger les périodes de déplacement, comme on le fait en course.
Ces périodes de huit heures sont elles-mêmes découpées en tranche de 2 heures où je m'arrête cinq minutes pour distribuer des snacks aux chiens et effectuer un rapide check up, notamment des pattes.
Au milieu de cette période de 8-9 heures, je m'arrête environ 1 heure, un repos de courte durée durant lequel je donne à boire aux chiens et me prépare mon repas.
A la fin de cette période de 8 heures ou plus de course, les chiens s'endorment aussitôt que je m'arrête, roulés en boule dans leur dense et belle fourrure qui les isole totalement du froid même par - 60 ° C. Pendant qu'ils dorment, je travaille… Je fais un feu, fabrique de l'eau puis prépare à manger. Ensuite, je les réveille pour les nourrir et les soigner : 5 minutes par chien, soit une heure au total : massage, crème sur les pattes et …grande conversation avec chacun d'entre eux ! Ensuite je m'occupe de moi puis il me reste environ 4 heures pour dormir, dans mon sac de couchage, au milieu des chiens que je dois protéger des loups qui ne les aiment pas beaucoup. Je me lève 1h30 avant le départ, rallume un feu pour redonner à boire aux chiens et me préparer moi même un repas, puis je dois atteler, préparer le traîneau et c'est reparti pour 8 heures et ainsi de suite, jusqu'à l'étape où nous nous accordons 24 à 32 heures de repos, enfin pour les chiens, car c'est ici que commence "l'autre travail" : logistique, envois de messages aux médias, etc...
Mais le froid sibérien, les -50°C, -60°C, ne ralentissent-ils pas la marche, et peut-on dormir dehors par un froid pareil ?
(Marion, 9 ans, Bourgogne)
Le froid est supportable pour les hommes comme pour les chiens dans la mesure où le vent n'accentue pas le phénomène. Dans ce cas là, on n'a pas d'autre choix que d'attendre que ça passe ! Mais les grands froids sont assez rarement associés à du vent.
Quant à dormir dehors, c'est ce que font tous les animaux du Grand Nord et les chiens sont aussi bien pourvus que les loups! Mieux même car ils sont parfaitement nourris... Quant à moi, je suis aussi parfaitement équipé, mais il reste que la respiration, transformée immédiatement en givre et en glace, gêne beaucoup et que l'on est réveillé toutes les demi-heures environ. C'est une question d'habitude...
Il y a aura combien de chiens, des possibilités de remplacement ?
(Véronique, 39 ans, Nouméa)
Dix chiens, sans remplacement. Dix chiens que j'entends emmener d'un bout à l'autre de cette aventure en respectant l'adage "qui veut aller loin, ménage sa monture". Si un chien est fatigué, n'a pas le moral, il ira dans le traîneau pour un bout jusqu'à ce qu'il retrouve ce qu'il me faut entretenir d'un bout à l'autre de la Sibérie : le «Will to go ».
Et en terme d'équipement utilisé ?
(Pierre-Francois. 50 ans. Suisse)
C'est un mélange de matières traditionnelles : (laine, cuir, duvet et fourrure) et de matériaux "modernes" : (laine polaire, système coupe vent "novadry" etc...)
La totalité de notre équipement est élaborée et conçu avec les techniciens de Géologic, la marque nature de Decathlon.
La plupart de ces équipements : sous vêtements, vestes etc… ont déjà été testés, notamment sur le tournage du film « Le Dernier Trappeur », où nous avons tourné à des températures atteignant parfois - 55 ° C.
Comment se fait le recrutement des personnes qui participent à ce projet ?
(Denis, 30 ans, Alma. Québec)
Pour la plupart, ce sont des gens avec qui j'ai déjà vécu de nombreuses aventures. C'est le cas d'Alain Brénichot, de Didier Langou, de Thomas Bounoure, Emmanuel Hachette et Pierre Michaut. Pour les autres, des Français, un Canadien, des Russes, le critère retenu est certes l'expérience mais surtout la passion, la volonté, l'envie qu'un "candidat" pourra exprimer qui retiendra mon attention.
Et après cette expédition ?
(Jacques, 25 ans, Alpes)
Je crois que c'est ma dernière grande expédition de ce type. Mon jubilé !
Je suis comme un joueur de foot de haut niveau, il y a un jour où il faut raccrocher et je sens bien que ce jour est proche. Cela fait 25 ans que je sillonne le Grand Nord, j'ai réalisé tant de rêves. Maintenant j'en ai d'autres, notamment ceux d'aller vivre avec mes chiens des aventures discrètes, avec mes enfants, mes amis… Sans avoir à dépenser cette énergie énorme pour mettre en place des gros projets du type de cette expédition.
Mon énergie, j'ai envie de la consacrer à autre chose. J'ai des envies de films. Le prochain aura pour thème le loup. Des envies d'actions pédagogiques et éducatives quant à la préservation de l'environnement. Des envies de romans. Bref, en approchant de la cinquantaine, j'ai d'autres envies que ces expéditions au long cours, dures physiquement, lourdes à monter et qui forcément deviennent répétitives.
Et les courses ?
(Marlene, 62 ans, Aquitaine)
Avec Henry Kam et Dominique Grandjean nous avons monté, avec un certain succès dès la première année, la Grande Odyssée, une course longue distance européenne, et je compte bien dans les années qui viennent développer encore cette course. Quant à une éventuelle participation de ma part à une grande course comme la Yukon Quest ou l'Iditarod, j'y pense mais cela implique un engagement total pendant au moins un an car j'ai déjà participé et terminé de grandes courses. Si je participe de nouveau à un événement de ce type, ce ne sera pas pour participer mais pour tenter de faire un résultat. Aujourd'hui le niveau est extrêmement relevé et pour pouvoir prétendre gagner, il faut un engagement en temps et une compétence que je n'ai pas encore acquise. Je ne suis pas sûr, contrairement à ce que je pensais il y a encore quelques années, de disposer dans l'avenir à la fois du temps et de l'énergie nécessaire à un engagement de cet ordre. On ne peut pas tout faire dans une vie et c'est bien dommage... je ne sais pas encore si mes choix me conduiront un jour dans cette voie ou dans une autre.
Le Camp des Ecorces, c'est quoi exactement ?
(Benoît, 36 ans, Loire)
C'est notre base, notre maison au Canada. Un camp de bois construit au bord d'un petit lac dans lequel se déverse une belle rivière que l'on peut descendre en canoë jusqu'au fleuve Peribronka. Pas une seule maison à des dizaines de kilomètres à la ronde. Uniquement les montagnes, les ours, quelques loups et nos chiens, ceux d'Alain et les miens. Ce camp est né d'un rêve que nous avions depuis longtemps Alain et moi, nous établir quelque part et monter ce projet : la construction d'une petite infrastructure à partir de laquelle Alain reçoit chaque hiver ceux qui veulent s'initier à la randonnée en traîneau à chiens, et en été ceux qui descendent avec lui de belles rivières en canoë.
Ce rêve, nous l'avons concrétisé et aujourd'hui pas besoin de publicité : nous sommes pleins une année à l'avance car les groupes restent restreints et qu'Alain tient à conserver l'âme familiale de ces randonnées qui plaisent tant.
Quelle est exactement la race de vos chiens ?
(Pierre, 11 ans, Alsace)
Exactement, c'est difficile à dire car ce sont de vrais bâtards !
Le grand père de toute la meute, c’est Otchum, ce chien exceptionnel avec lequel j'ai fait tant et tant de choses. Ce chien, un laïka, c'est un trappeur qui me l’a donné au bord du lac Baikal.
Avec lui, j'ai traversé toute la Sibérie puis à son retour, il s'est "marié" avec une belle chienne qui venait du Groenland : Ska. Avec Otchum, Ska et leurs enfants, nous avons réalisé bien d'autres traversées en Laponie, en Alaska et un peu partout dans le monde où il y a de la neige. Puis cette meute a vieilli et j'ai croisé les meilleurs d'entre eux avec deux alaskans, ces chiens de course que l'on voit sur la Quest ou l'Iditarod, l'idée étant de "récupérer" un peu de vitesse tout en espérant ne pas perdre en rusticité et en endurance. C'est chose faite. J'en suis aujourd'hui à la seconde descendance et les chiens que j'aligne au départ de l'Odyssée Sibérienne sont à la fois très rapides mais aussi très résistants et ils vont le prouver !
La notoriété, vous vivez ça comment ?
(Marine, 56 ans, Seine-maritime)
Tout d'abord ma notoriété est toute relative. Les gens s'imaginent parce qu'ils vous voient un peu à la télé et de temps en temps dans les magazines que vous êtes quelqu'un de connu. Oui, je le suis un peu, mais juste ce qu'il faut. C’est-à-dire que j'ai les avantages sans les inconvénients. Je suis connu mais pas reconnu et personne, à quelques exceptions près, ne m'arrête ou ne me montre du doigt dans la rue.
Cela est dû aussi au fait que la plupart des gens me connaissent avec toque, barbe et gangue de glace et celui qui marche dans la rue ne ressemble pas à ça. Tant mieux, car dès que je remets ma toque (cela à été le cas durant la Grande Odyssée) je mesure alors le calvaire de ceux qui sont "trop" connus à mon goût...
Ma notoriété me sert à réaliser mes rêves et à mettre en application ce à quoi je crois et ce que je veux défendre. Elle me donne une tribune pour exprimer mes convictions. Ensuite, le tout est encore une fois de fixer les limites à ne pas dépasser ou alors de le faire en connaissance de cause, ponctuellement, en assumant les conséquences éventuelles. Cela a été le cas pendant la promotion du "Dernier Trappeur". C'était pour la bonne cause et cela m'a permis d'aborder des thèmes importants mais j'étais un peu trop présent à mon goût. Heureusement ça n'a duré qu'un temps et ces éclairages sont tellement éphémères. Une actualité chasse l'autre et l’on vous oublie vite, tant mieux!
Est-ce que le Grand Nord va aussi mal qu'on le dit ?
(Eloise . 29 ans . Languedoc)
Le Grand Nord est effectivement en première ligne face au réchauffement climatique. Les effets de ces changements ont pris là-haut, notamment en ce qui concerne la biodiversité, une ampleur inégalée ailleurs.
Tandis que la température moyenne de la terre a augmenté d’environ à 0,6°C à 1°C, le Grand Nord a connu une hausse de 2 à 4 ° C, ce qui est énorme, surtout au vu de la vitesse à laquelle cette hausse, qui va continuer, se produit. Or nous savons et on le constate aujourd'hui qu'un grand nombre d'espèces n'ont pas la faculté d'adaptation nécessaire pour survivre à un changement aussi rapide. Le Grand Nord est très fragile et donc extrêmement sensbile à ce qui se passe actuellement sous nos yeux sans que le monde s'en émeuve plus que ça.
Comment se fait-il que les températures augmentent là-haut plus qu'ailleurs ?
Cela s'explique par le rôle majeur que la glace et la neige jouent dans l'écosystème du Grand Nord. Ordinairement, la surface blanche de la neige et de la glace, renvoie les rayons du soleil vers l'espace, limitant le réchauffement du sol et des eaux. Lorsque la glace et la neige fondent, ces surfaces blanches sont "remplacées" par des surfaces plus sombres qui absorbent de la chaleur. L'océan, par exemple, se réchauffe alors plus vite et accélère encore la fonte ! C'est une sorte de spirale infernale, mais il y en a bien d'autres car le sous-sol de l'Arctique recèle en son sein d’énormes quantités de gaz (des milliards de tonnes de méthane) qui vont être libérées. Une vraie bombe à retardement qui va éclater là-haut, puis sur nous! Mais il sera trop tard pour agir.
Il faudrait parler aussi de la tragique montée du niveau des eaux qui se dilatent sous l'effet du réchauffement et va conduire les habitants d'un grand nombre de villages de l'Arctique à déménager vers l'intérieur des terres. Ces déménagements ont déjà commencé et bientôt tout va s'accélérer !
J'évoque souvent l'avenir de l'ours polaire, espèce emblématique dont la plate-forme indispensable de chasse, la banquise, se réduit un peu plus chaque année. Le poids des ours diminue d'autant et les femelles ne peuvent plus atteindre leur poids optimum pour élever leur petit. On constate une augmentation de la mortalité des jeunes et une baisse de la natalité, une courbe est en train de se mettre en place dont on imagine la fin ...
Il est donc grand temps de prendre conscience de tout cela et c'est l'une des raisons pour laquelle je monte au créneau avec les moyens qui sont les miens.
Je suis triste car nous avons occasionné un certain nombre de dégâts irréparables. En colère parce que rien ne bouge, ou si peu, alors que tous les scientifiques du monde s'accordent à nous dire que nous avons à peine 20 ans pour agir. Mais je suis aussi enthousiaste car nous allons vivre une époque incroyable et que nous avons un défi extraordinaire à relever. Après avoir conjugué le verbe avoir sous toutes ses formes pendant 40 ans il va falloir maintenant s'inventer une autre vie et commencer à conjuguer le verbe être.
D'accord, mais qu'est ce que nous pouvons faire ?
(Giselle, 58 ans, Eure)
Consommer mieux et produire mieux .Il faut que chacun prenne conscience du coût écologique de ses actes et agisse en conséquence. Après la civilisation du gâchis, du superflu, il faut réapprendre à vivre avec cette belle petite planète qui ne peut donner plus que ce qu'elle a!
C'était le message du film «Le Dernier Trappeur » et il a été bien compris. J'ai pu le mesurer auprès de plusieurs centaines de milliers de scolaires qui ont travaillé sur les dossiers pédagogiques mis en place autour du film.
C'est ce que nous allons faire avec l'Odyssée Sibérienne et nous donnerons, comme le font quantité d’organisations formidables (WWF, L'Ademe, Nicolas Hulot…) une liste de petits gestes quotidiens, concrets qui peuvent, s'ils sont appliqués par tous, peser très lourd pour diminuer notre impact sur l'environnement. Arrêtons de parler et agissons !


